3 septembre 1838 : Lettre de François-Charles à Catherine Chaussegros de Léry

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à sa belle-sœur habitant au Canada. Il s’inquiète de la situation qui sévit au Canada et souffre de ne pas avoir reçu son aide financière, sa situation étant toujours précaire. Il mentionne avoir lu que Lord Durham avait été reçu à bras ouverts à Montréal.

Mots clés

Organisation sociale, réalités politiques, réalités économiques

Transcription


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Lettre du 3 septembre 1838, page 1

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Chamant près Senlis, ce 3 7bre[1] 1838.

Ma chère sœur

Je ne puis vous peindre tout ce que votre silence, joint encore aux évênemens
de votre païs[2]; m’ont causé de peines et d’inquietudes. Pas une seule réponse
à trois lettres que je vous ai écrites cette année[3], et dans lesquelles cependant
je vous faisais le tableau de ma pénible position. Ah! si malheureusement
je dois votre silence à votre santé, il me semble que mon neveu aurait
dû vous remplacer; du moins je pouvais l’espérer! Vous ne serez donc
pas surprise, ma chère sœur, de l’étonnement où je suis de votre silence
qui n’appartient certainement pas au sentiment de bons parens.

Dans le moment où je vous écrit, je suis a peine convalescent d’une maladie
qui m’a fait souffrir pendant deux mois, les douleurs les plus aigues, aussi
suis-je d’une faiblesse, dont mes quatre vingt deux ans, auront peine à se
refaire. Jugez, ma bonne sœur, de ma position? Tous les malheurs
me frappent à la fois, vos secours me manquent à l’instant où j’en aurais le plus
de besoin; mes fournisseurs me harcèlent, l’apoticaire, le médecin, sont
à payer; et je suis dans le plus grand dénuement, et hors d’etât de les
satisfaire! Ce n’est qu’à vous, dans ce monde, à qui je puis demander assistance;


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Lettre du 3 septembre 1838, page 2

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je le fais, comme vous le voyez, ma bonne sœur, avec toute
confiance dans la bonté, la délicatesse de votre âme. Veuillez
donc me retirer le plutôt possible de l’etât d’anxiété, de souffrance,
où ma réduit non seulement la maladie que je viens d’eprouver,
mais encore le retard que vous avez mis dans un envoi sur le
quel j’avais tout droit de compter[4].

Comme les gazettes nous disent que Lord Durham avait été
reçu ( à bras ouverts ) à Montréal[5], j’ai tout lieu de penser
que je ne dois votre oubli qu’à votre santé; mais de même que
je l’ai dit plus haut, Georges pouvait vous remplacer? Ah! si
je dois l’en prier; eh bien! je le fais de toute mon âme; j’aurai
au moins le plaisir de croire qu’il aime encore son viel
oncle.

Adieu bonne, et bien respectable sœur, que la
providence vous conserve pour vos enfans, et pour nous!
Non, je ne suis pas seul à former ce vœu! Ma femme qui
vous aime, comme je vous aime, s’unit à moi dans tous
les sentimens d’amitié, de reconnaissance que je vous porte.
Elle se rappelle au souvenir de votre famille qu’elle embrasse
de tout son cœur; c’est vous dire que j’agis comme elle, n’est-
elle pas un second moi-même?


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Lettre du 3 septembre 1838, page 3

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Adieu encore une fois, chère et bien chère sœur,
n’oubliez pas, votre malheureux frère et toujours le plus
affectionné.

Le Cte de Beaujeu.

P.S. J’embrasse ma bonne sœur Beaujette, si comme moi, elle
habite encore cette terre de larmes.


P03/A.293, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. 7bre = septembre.
  2. François-Charles a sûrement lu des échos dans les gazettes sur les troubles et les circonstances de la rébellion des patriotes.
  3. Les seules lettres conservées dans le fonds De Beaujeu, pour l'année 1838, sont celles du 5 mars 1838 et la présente. Si François-Charles en a écrit d'autres, elles ne sont pas dans le fonds.
  4. La dernière trace que nous avons d'un montant d'argent qu'aurait reçu François-Charles apparaît dans la lettre du 12 août 1836. D'après la lecture des lettres qui suivent, il semble qu'il n'ait point reçu d'argent depuis, mais nous ne pouvons l'affirmer avec certitude.
  5. John George Lambton, premier comte de Durham, est né le 12 avril 1792 à Londres. Il fut envoyé par le parlement britannique pour enquêter sur les circonstances de la rébellion des patriotes. Il débarque à Québec le 27 mai 1838. Il restera cinq mois en Amérique. À son retour à Londres, il publie son rapport connu sous le nom de Rapport Durham, dans lequel il recommande l'accélération de l'immigration britannique au Canada afin de marginaliser la population canadienne-française, la forçant ainsi à choisir la voie de l'assimilation linguistique et culturelle.
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