3 octobre 1837 : Lettre de François-Charles à Catherine Chaussegros de Léry

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à sa belle-sœur Catherine Chaussegros de Léry habitant au Canada. Il s’inquiète après avoir lu les journaux qui doivent parler des troubles qui se préparent face à la révolte des patriotes. Il s’inquiète également de savoir si la lettre qu’il a envoyée à sa nièce lui est bien parvenue et trouve curieux que cette nièce qui ne lui avait jamais écrit avant, ait signé de son nom de jeune fille. Il remercie ensuite sa belle sœur de lui offrir son appui financier.

Mots clés

Organisation sociale, réalités politiques

Transcription


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Lettre du 3 octobre 1837, page 1

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Chamant ce 3 8bre[1] 1837.

Ma bonne sœur,

J’ai attendu jusqu’à ce moment a vous ecrire espérant de jour, en jour,
recevoir de vos nouvelles; mais votre silence joint à celui de mon neveu[2],
me donnent la plus grande inquietude, non seulement sur vos santés,
mais encore sur les troubles dont parle la gazette d’Angleterre au sujet
de Québec[3]. Veuillez donc, ma bonne sœur, obtenir du paresseux George
qui ne m’a pas écrit depuis deux ans[4], qu’il veuille bien faire un généreux
effort, pour me mander ce qui se passe dans votre païs; et qu’il me dise
surtout ( chose qui m’intéresse bien plus ) que vous jouissez tous de la
meilleure santé.

Vous avez dû recevoir dans le courant de janvier, ou de février de cette année,
une lettre de moi; dans laquelle j’en avais insérée une autre adressée à
ma niece, en réponse à celle que j’avais reçue d’elle dans le mois de xbre.
de l’année précédente. Je n’ai point reçu de réponse à cet envoi, cependant
j’aurais bien désiré savoir si cette lettre était véritablement de ma
niece, qui ne m’avait jamais écrit jusqu’à ce moment, et qui fait
la sottise de signer son nom de fille, étant mariée[5]. Enfin, ma
bonne sœur, veuillez me dire ce qu’il en est, car je tiens beaucoup à le savoir.


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Lettre du 3 octobre 1837, page 2

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Nos santés sont très mauvaises; mais ma femme oublie ses
souffrances pour ne s’occupper que des soins de notre petit ménage,
qui sont encore bien fatigants, bien lourds, pour son âge, et surtout
pour sa faible santé. Oui, ma bonne sœur, je m’estime bienheureux
et remercie le ciel d’avoir conservé à mes quatre vingt et un an,
non seulement une épouse, mais plus encore une amie, qu’on pourrait,
sous ces deux dénominations, offrir pour modèle à son sexe.

Nous avons eu un printems tellement affreux, que toutes les denrées en
ont souffert au point que la vie a doublée de prix, et nous présage un
cruel hiver. Je vous remercie, ma bonne sœur, de votre offrande, vous
êtes notre providence, que deviendrions nous si votre secours nous
manquait; il nous resterait a peine le pain de la misère!

Ma femme se rappelle à votre souvenir, à celui de votre famille,
à laquelle je dis mille choses aimables; excepté au paresseux
George, qui ne mérite pas la tendre amitié que je lui porte.

Adieu, ma bonne sœur, agréez les vœux du plus du plus reconnaissant
et du plus dévoué des parens.

Le Cte de Beaujeu.

P.S. J’embrasse de toute mon âme,
ma sœur Beaujette.


P03/A.290, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. 8bre = octobre.
  2. On sait, par les lettres du 7 juin 1835 et du 12 août 1836, que François-Charles a reçu des nouvelles de sa famille. Cependant, à la date où il écrit cette lettre, il n'a toujours pas reçu de nouvelles.
  3. L'élément déclencheur de la rébellion des patriotes de 1837-1838 est le dépot des 92 résolutions à la chambre de l'Assemblée, le 17 février 1834. Ce document, programme politique du parti patriote, comporte des revendications qui seront rejetées, le 1er mars 1837, par le parlement de Londres qui proclame les dix résolutions Russell en réponse à ces résolutions. François-Charles a sans doute lu ces nouvelles dans les gazettes d'Angleterre, proches évidemment de la version du parlement. C'est le prélude aux troubles qui suivront.
  4. Pourtant, on sait par la lettre du 12 août 1836, que Georges-René lui a écrit en date du 11 juin 1836.
  5. La nièce de François-Charles, Catherine-Charlotte, a épousé Hugues-Edmond Barron le 25 avril 1833 à Montréal. La lettre que FC lui a écrite ne se trouve pas dans le fonds De Beaujeu. Il s'offusque qu'elle ait signé de son nom de jeune fille.
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