12 août 1836 : Lettre de François-Charles à Georges-René

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à son neveu Georges-René de Beaujeu habitant au Canada. Il se plaint du long silence de Georges-René et lui parle de sa situation financière toujours difficile. Il félicite Georges-René pour sa nouvelle progéniture qui assurera la pérennité du nom.

Mots clés

Organisation sociale, réalités politiques

Transcription


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Lettre du 12 août 1836, page 1

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Chamant, ce 12 août 1836.

Mon cher neveu, ta lettre du onze juin ne m’est parvenue que le 23 juillet,
et quelques jours après j’ai reçu de Mr Carrière[1] directeur au séminaire
de St Sulpice, la somme de deux mille cent trente trois franc, produit de
celle que vous m’avez fait passer par les soins de Mr Quiblier[2].

Je t’avoue, mon ami, que silence que vous avez gardé à mon égard, pendant un
si long espace de tems[3]; m’a jeté dans la plus cruelle inquietude; je me
figurais que vous aviez eprouvé des evênemens plus malheureux les uns que
autres; et je joignais à toutes ses craintes, le dénuement où nous allions
être réduits ma femme et moi, car toutes les denrées, et tout ce qui est
indispensable a la vie, est doublé de prix depuis quelques années, de sorte
que malgré la plus stricte économie; ma faible pension militaire ne peut
suffire à notre éxistence; cependant, ma femme que je regarde comme
une faveur que la providence accorde à mon infirme vieillesse, remplace
dans sa maison, les domestiques qu’elle devrait avoir. Ah! ce n’est pas
cependant qu’elle jouisse d’une bonne santé, mais elle sait trouver dans
son âme aussi bonne qu’energique, l’oubli de ses souffrances et le courage
qui manquerait a mille et mille autres!

Mais, mon cher George, puis-je ne pas oublier ces jours de peines et


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Lettre du 12 août 1836, page 2

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d’inquietudes, quand, en bons parens, vous m’en dédommagez d’une maniere
aussi aimable qu’attentive pour mes vieux jours! Veuillez agréer nos bien
sincères sentimens de reconnaissance; et s’il est vrai que la bénédiction
d’un bon vieillard, porte bonheur, ah! je vous bénis du fond de mon âme!

Je ne te parlerai pas politique, ce mot seul me fait horreur! Et ne signifie
plus ( selon moi ) qu’un résumé de tous les crimes. Dailleurs, bientôt hors
de cette vallée de larmes, je me borne à faire des vœux pour ceux qui me
sont chers, et qui par leur âge, sont forcés d’essuyer encore les tempêtes
que l’anarchie souffle de toutes parts.

Nous nous plaisons à penser que ton excèllente maman, jouis de la meilleure santé;
en douter, c’est te reprocher de ne pas en dire un mot dans ton épitre; mais nous
qui ne l’oublions pas, nous lui offrons icy, l’hommage de nos tendres sentimens.

Je ne veux pas laisser la plume sans applaudir à tes hauts faits matrimoniaux;
car j’apperçois ( non pas sans une sorte d’orgueil ) que je laisserai en toi, un
ferme propagateur de notre lignage. Embrasse donc, de ma part, tes jolis rejetons[4],
et la jeune maman qui sait si bien les cultiver.

Ma femme me charge de vous offrir à tous, grands, jeunes, et petits, ce que le plus
vrai sentiment peut dicter.

Adieu, bonne santé, tout à toi, ton oncle, le Cte de Beaujeu.


P03/A.286, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. Joseph Carrière fut le treizième supérieur du Séminaire et de la société de St-Sulpice. Il est né en 1795 en France et décédé à Lyon en 1864.
  2. Il s'agit de Joseph-Vincent Quiblier, supérieur du Séminaire de St-Sulpice à Montréal. Français d'origine, né le 26 juin 1796 et décédé en France le 12 septembre 1852.
  3. Nous savons que Georges-René a écrit à son oncle les lettres du 1 mars 1833 et du 7 juin 1835. Dans celle du 1 décembre 1834, il se plaint d'un délai de deux ans sans nouvelle d'eux.
  4. Georges-René a maintenant deux enfants, un garçon, Philippe-Arthur-Quiqueran, né le 17 octobre 1834 et une fille, Catherine-Adèle-Suzanne, née le 27 janvier 1836.
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