2 mars 1833 : Lettre de François-Charles à Catherine Chaussegros de Léry

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à sa belle-sœur, Catherine Chaussegros de Léry, veuve de son frère Saveuse habitant au Canada. Il la remercie pour les 2400 livres qu’elle lui a envoyées. Il se dit satisfait du récent mariage de Georges-René et prend des nouvelles de sa nouvelle épouse. Il offre ses condoléances à Catherine pour la perte de son frère Louis-René Chaussegros de Léry. Louise-Bénédicte, l'épouse de François-Charles, ajoute un petit mot à sa belle sœur.

Mots clés

Organisation sociale, activités économiques

Transcription


Page 1
Lettre du 2 mars 1833, page 1

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Chamant ce 2 mars 1833

Ma bonne sœur

C’est avec un vrai plaisir que j’apprends les sages dispositions de mon
frère à votre égard; elles vous hônnorent tous deux, et couronnent sa
noble vie[1]. Je me tais sur la perte affreuse que nous avons faite en lui;
il est des peines qu’on peut mieux sentir, qu’exprimer dans toute
leur étendue. Mais tout plongé que je sois dans un abyme de douleurs;
que de graces n’ai-je pas encore à rendre à la providence qui vient m’offrir en
vous, ma bonne sœur, l’intérêt que me portait mon excèllent frère.
Ah! déjà vous m’en donnez une sensible preuve, quand à mon prémier
cri de détresse, vous vous empressé de me tendre une main fraternelle!

Mr Carriere[2], directeur du séminaire de St Sulpice, vient de me mander
que présumant que Mr Thavenet[3] n’a plus la faculté de faire passer des
fonds en Canada; et que se trouvant, lui, dans la position de le faire
d’après la demande de Mr le supérieur du séminaire de Montreal
qui, le prie de me remettre, pour le compte de Madame veuve de
Beaujeu la somme de X 2,400, faisant X 2,133-33 cm, il tient en
conséquence cette même somme à ma disposition ( en lui faisant
remettre deux reçus ) que je me suis emprêssé de lui faire passer,
et de toucher la somme précitée, dont je vous fais mes sincères
remercimens[4].


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Lettre du 2 mars 1833, page 2

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Je suis très satisfait du mariage de notre bon George[5],
dautant plus que le sentiment parait en avoir cimenté les nœuds,
et qu’il est rare qu’un tel lien ne soit pas durable. Vous ne me
dites rien de mon aimable niéce[6]? Elle-même semble m’avoir mis
en oubli; elle serait bien ingrate! Car je crois lui avoir prouvé
ainsi que ma femme, le vif interêt qu’elle nous inspirait.

L’affreuse misère à laquelle je me suis trouvé réduit depuis cette derniere
et cruelle révolution; m’ayant enlevé les moyens de faire copier le portrait
que George me demande, ce n’est pas ( comme vous pouvez le penser )
sans une vraie peine, que je me sépare de cette image chérie[7];
cependant il est juste que je vous en fasse le sacrifice; je me
décide donc à vous l’envoyer par Le Hâvre, en faisant des vœux
pour qu’il puisse vous parvenir sain et sauf.

Veuillez, ma bonne sœur, agréer mes complimens de condoléance
sur la perte de Monsieur de Léry. Il était votre frère, l’ami
du mien; que de titres à mes regrets[8]!

Adieu, ma bonne sœur, que la providence vous conserve
à votre chère famille, à moi-même, ce sont les vœux de votre
très affectionné frère, le Cte de Beaujeu.

P.S. Qu’est donc devenue ma malheureuse Beaujette? Personne,
ne m’en donne des nouvelles, depuis votre retour en Canada.


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Lettre du 2 mars 1833, page 3

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Ma chere sœur[9],

Je veux joindre pour mon compte quelques mots à la lettre de mon mari
Ils sont pour vous éxprimer les sentimens biens sincères que j’éprouve encore en
pensant a la perte douloureuse que nous avons faite dans l’être éstimable
qui emporte tous nos regrèts. J’ai melées mes larmes à celles d’un frere
bien afligé, en me rapellant avec reconnoissance l’amitié qu’il avoit bien voulu
me témoigner pendant les trop courts moments que nous avons eu […]
le posséder parmi nous. Ce doux souvenir, ma chere sœur, se rattache […]
à vous, et à vos aimables enfants. J’épère n’etre jamais étrangere à […]
famille puisque mes sentimens m’en raproche sous les titres de la […]
et de l’attachement innaltérable que je lui ai voué pour la vie […]

Votre bien affectionnée [sœur]

B. de Beauj[eu]


P03/A.281, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. Pour plus de détails, voir le testament de Saveuse daté du 1 octobre 1831.
  2. Joseph Carrière fut le treizième supérieur du Séminaire et de la société de St-Sulpice. Il est né en 1795 en France et décédé à Lyon en 1864.
  3. Il s’agit de Jean-Baptiste Thavenet, sulpicien né le 2 septembre 1763 en France et décédé le 16 décembre 1844 à Rome. Pendant la Révolution, il refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé et choisit de s’exiler à Londres. Le 4 juin 1794, il fut autorisé à se rendre au Canada en compagnie de dix autres sulpiciens. Il résidera dans ce pays jusqu’en 1815 avant de repasser en France. Thavenet devient alors le représentant financier de plusieurs communautés religieuses et un lobbyiste actif du séminaire de St-Sulpice à Montréal.
  4. La somme en question lui a été remise le 26 février 1833. Elle couvre les années 1832 et 1833 de pension due à François-Charles sur la succession de Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil.
  5. Georges-René a épousé Adélaïde de Gaspé, fille de Philippe-Aubert et de Suzanne Allison, le 20 septembre 1832 à St-Jean-Port-Joli au Québec.
  6. Il s'agit de Catherine-Charlotte de Beaujeu.
  7. Il nous est impossible de savoir qui est le sujet du portrait en question. C'est sans doute François-Charles ou bien Amédée, son fils.
  8. Louis-René Chaussegros de Léry est décédé le 30 novembre 1832 et enterré le 1 décembre 1832 à Boucherville.
  9. Cette partie de la lettre est de la main de Louise Bénédicte, l'épouse de François-Charles. Le document est en partie déchiré et certains mots manquent.
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