23 septembre 1830 : Lettre de François-Charles à Saveuse

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à son frère Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, habitant au Canada. Il l’implore de lui faire parvenir de l’argent, récise que c’est la quatrième lettre que lui et sa femme lui écrivent et qu’ils n’ont reçu aucune réponse. Selon lui, la situation économique en France est toujours précaire et François-Charles, qui ne perçoit plus de pension gouvernementale, craint de finir en prison pour dettes. Il lui parle de la situation politique en France.

Mots clés

Organisation sociale, activités économiques, réalités politiques

Transcription


Page 1
Lettre du 23 septembre 1830, page 1

Cliquez pour agrandir

Chamant ce 23 7bre 1830[1]

Mon âme návrée de douleurs, mon cher frère, me décide encore
une fois à implorer tes secours; je dis implorer, car cette lettre
est la quatrieme que nous t’ecrivons ma femme et moi sans
cependant obtenir une seule réponse à nos demandes[2]. Eh! quoi,
ton cœur se refusera-t-il toujours à me tendre une main fraternelle?
Est-il donc impossible à toi de m’avancer quatre mille francs[3];
lors méme qu’il t’est facile de te rembourcer, en retenant chaque
année la moitié de ma pension? Il faut, mon ami, que tu ne te
fasse pas une juste idée de mes souffrances, pour ne pas voler
à mon secours. Sache donc que nous ne pouvons, moins que
jamais, compter sur nos indemnités; que le boulversement
de la France en nous enlevant nos pensions, nous laisse sans pain,
sans azile; que mes créanciers ne m’offrent d’autre espoir que la
prison pour tombeau; que mon infortunée compagne plus souffrante
que jamais, d’après le coup affreux qui nous accable, ajoute
encore à mon désespoir. Eh! bien, seul aujourd’huy au milieu
de la plus cruelle anarchie; à qui donc recourir? À qui? La
providence te désigne, mon frère, non, tu ne peux t’opposer à ton
cœur, c’est à lui que je m’adresse, c’est lui qui me dit d’élever
mes regards vers toi.


Page 2
Lettre du 23 septembre 1830, page 2

Cliquez pour agrandir

Je ne te ferai pas le tableau des scènes horribles, sanglantes,
dont la France est le theâtre. L’encre n’est pas assez noire,
les exprêssions assez fortes, pour le bien rendre. Je laisse donc
aux gazettes à te le peindre[4].

Mr Thavenet[5] a dû t’écrire au mois d’août, et te faire part
de ma position.

Adieu, cher frère, je remercie le ciel de ton bonheur, de
celui de ta chère famille qui, nous aimons à le penser, jouit
ainsi que toi d’une parfaite santé. Agréez tous, l’assurance
de notre inviolable amitié.

Tout à toi, ton frère,

Le Cte de Beaujeu.

P.S. Réponds moi.
Malgré que je ne sache ce que nous
allons devenir, adresse ta lettre
à Senlis.


P03/A.275, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. 7bre = septembre
  2. Lettres du 20 juin 1829, 1 janvier 1830, 7 juillet 1830 et la présente.
  3. Montant de ces dettes impayées à ce jour.
  4. Dans cette longue envolée, François-Charles fait référence à la Révolution de juillet 1830, révolution française à la faveur de laquelle un nouveau régime, la monarchie de Juillet, succède à la Seconde Restauration. Elle se déroule sur trois journées, les 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les Trois Glorieuses. Tout ces bouleversements rendent le versement des pensions incertain.
  5. Il s’agit de Jean-Baptiste Thavenet, sulpicien né le 2 septembre 1763 en France et décédé le 16 décembre 1844 à Rome. Pendant la Révolution, il refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé et choisit de s’exiler à Londres. Le 4 juin 1794, il fut autorisé à se rendre au Canada en compagnie de dix autres sulpiciens. Il résidera dans ce pays jusqu’en 1815 avant de repasser en France. Thavenet devient alors le représentant financier de plusieurs communautés religieuses et un lobbyiste actif du séminaire de St-Sulpice à Montréal. Le fonds De Beaujeu ne dispose pas de lettre de lui datée du mois d'août 1830.
Retour vers le haut de la page