1 avril 1824 : Lettre de François-Charles à Saveuse

Résumé de la lettre

François-Charles écrit du Plessis Chamant, près de Senlis, à son frère Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu habitant au Canada. Il mentionne la diminution des secours que son frère lui envoie et se justifie d’en avoir autant besoin. D’ailleurs, il craint toujours la guerre et termine en faisant appel aux sentiments de bonté de Jacques-Philippe.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale, réalités politiques

Transcription


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Lettre du 1 avril 1824, page 1

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Au Plessis Chamant[1] près Senlis
ce 1r avril 1824

J’espère, mon cher frère, que cette année cy ne sera pas aussi
malheureuse pour vous, ni pour moi, que les deux années
précèdentes qui, pour ma part, m’ont réduit au plus complet
dénuement. La diminution énorme dans les secours que vous
m’envoyiez étant arrivés précisèment à l’epoque où prenant
mon domicile à la campagne, je fus forcé de faire des
dépenses que je n’ai pû depuis remplacer entiérement en me
privant même du nécessaire. Il est un âge, mon ami, où ces
mêmes privations acquièrent une plus grande amertume surtout
lorsque celui qui les éprouve a coulé ses prémiers jours dans
l’abondance[2]. Je ne m’étendrai pas sur l’enumération de
mes peines; mais, mon ami, que la providence vous préserve
de semblables malheurs!

Je ne sais trop que penser de la politique des cabinets
de l’Europe; mais je crains bien que le voile qui nous la
dérobe pour le moment, se soulevant enfin, ne nous annonce
une guèrre continentale[3]. Je désire bien de toute mon âme
ne jamais voir réaliser mes craintes, non seulement pour
les désastres qu’entraine un tel fléau, mais encore pour
les entraves qu’il méttrait à notre correspondance. Ne pourriez
vous pas, mon ami, dans une semblable circonstance charger
votre correspondant à Londres de me faire passer chaque année
les secours que j’ai droit d’attendre de votre intérêt et de
votre amitié? Car que serait ma position, si j’étais
réduit a ma faible pension du gouvernement? J’aime
à penser que je n’ai nul besoin de plaider ma cause au
tribunal d’un frère, d’un frère surtout, qui depuis des
années ne m’a donné que des preuves de sa bonté.


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Lettre du 1 avril 1824, page 2

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Je m’en reposerai donc sur vos soins, sur vos sentimens,
bien convaincu que dans tout étât de cause, vous ne
livrerai pas mes derniers jours, aux horreurs de la
misère.

Adieu, mon ami, je vous souhaitte ainsi qu’à votre
famille, bonheur et santé. J’offre mes hommages
à ma belle sœur, mes souvenirs à vos chers enfans,
et suis votre affectionné frère.

Le Cte de Beaujeu.

P.S.
Ne m’oubliez pas auprès
de ma bonne Beaujette, que
j’embrasse de tout mon cœur.


P03/A.261, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. La petite commune de Chamant fut constituée en 1789 par la réunion de quatre agglomérations dont Chamant et Le Plessis. Le Plessis-Chamant était le domaine des baillis de Senlis. Dans l'ancien régime français, le bailli était le représentant de l'autorité du roi ou du prince dans le bailliage, chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l'administration en leur nom.
  2. François-Charles est né au sommet de l’échelle sociale, mais avec la Révolution française et la perte de tous ses droits et privilèges, il se retrouve dans une position précaire, pas tout à fait en bas cependant.
  3. François-Charles écrit à l'époque de la guerre d'indépendance grecque (1821-1830). C'est le conflit grâce auquel les Grecs, finalement soutenus par les grandes puissances (France, Royaume-Uni, Russie), réussirent à obtenir leur indépendance vis-à-vis de l'Empire ottoman.
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