12 avril 1817 : Lettre de Marie-Louise Liénard de Beaujeu à Saveuse

Résumé de la lettre

Marie-Louise Liénard de Beaujeu écrit de Tours à son cousin Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu au Canada. Comme il est en possession de sa procuration depuis la mort de Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil, elle lui demande son aide pour régler les difficultés qu’elle éprouve afin de toucher l’héritage qui lui est dû depuis la mort de sa mère, Michelle-Élisabeth Foucault, en 1791.

Mots clés

Relations familiales, succession

Transcription


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Lettre de  Marie-Louise Liénard de Beaujeu à Jacques-Philippe, page 1

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Tours 12 avril 1817

J’ai eu l’honneur de vous écrire, Monsieur, nombres de lettre, tous les ans, sans avoir la douce
satisfaction de récevoir de réponce. Il en est de même de mon[sieur] St-George Dupré, mon neveux,
qui me traite trés légerment, quoi-que sans raison, pour tenir une semblable conduite. Je ne
puis croire qu’il ne scache pas écrire et en le supossant, je leur observeres, qu’il doit y avoir
dans le Canada, comme dans tous les payis du monde, des écrivains, et j’en suis si
convaincu, que je ne leurs connois aucune escuse valable. C’est vous dire que je suis trés mécontante
de leurs manque d’egards. Hélas ! si ma pauvre soeur vivait, elle leurs en sauraits bien
mauvais grée, j’ai bien perdue, en la perdant. Il serait plus honnête qu’il ne [le] sont enver
moy.

Votre derniere lettre, Monsieur, est due 20 8[octobre] 1802[1], ou vous me faites part que le
colonel, baron de Longueuil, mort depuis pour mon trés grand malheur, et a mon grand
regrets, vous a chargé de ma procuration. Il ne pouvait la remettre en meilleur main
mais ! Je vois avec la plus grande douleur, que votre exatitude nas pas parfaitement
répondu a la vive confiance que je me plaissais a vous accorder. Puis-que je
n’est recue aucune lettre en réponce a celle que j’ai eu le plaisir de vous ecrire
chaque année, que mais affaires sonts en souffrance, que moy même j’en souffre cruelment
d’aprês les malheurs que j’ai éprouves, par suite du’ne révollution aussi subite quinatandu,
j’ai comme tant d’autres perdue tous ce que j’avais et possédais. J’ai grand besoin de tous ce
qui mais due a Montréal, ou ailleur. Je vous demande instament de me faire passer le plutôt
possible sés fonds arrierés et rente qui me sonts si justement acquis et qui n’apartienne
qu’a moy et non a d’autres de ma famille, ni a celle de feux m[onsieur] de Charly decedés le
huit janvier mil sept cent soixante huit a lisle de Goree, en Afrique, ainsi qu’il est
constaté par le certificat délivré par le conseille d’etat et signée par le ministre le
16 8[octobre] dernier. Bourgeois de Boines, ayant le département de la marine et plus
bas par Monseigneur et Laroque, chez des bureau. Le quel certificat est en dépot en
l’étude de m[onsieur] Hubert, notaire a Tours, département d’Indre et Loir.
Quant a mon fils, Armand Francois Charly, seul et unique enfan issu de ce mariage, est mort
le 19 juillet mil sept soixante et huit, sur le vaissau le [seneau] du roy le St-Nicolas,
se rendant de lisle de Goree en Afrique a St-Dommingue, certificat délivrée par l’etat
major, le capitaine ayant été tué par les négres qui était a bord du dit vaissaux


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Lettre de  Marie-Louise Liénard de Beaujeu à Jacques-Philippe, page 2

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qui se sonts révolté, certificat qui ateste son décês et prévoyant bien que j’aurais besoin
souvent de produire sés pieces en divers endroits, je les dépossée chez le même notaire
que celuy cy desus.

D’aprés tous ses rénseignement et la certitude que je me plais de produire comme
trés autantique, puis-que je le prouve par les pieces que vous trouvéres cy jointe, joze
croire que dészormais je n’eprouveres plus de difigulté et qu’enfin on sempresseras de me
faire passer les fonds et sommes qui me sonts dus depuis le 6 juillet 1791, montant
d’aprês une lettre en datte du 23 8[octobre] 1815, hérite par ma mere, a quatre cent seize
livres 15s. Dans le montant de cette rente, se trouve compris deux constitut, l’un a
un nommé Lionnais, de dis huit livres 15s de rente, et l’autre de douze livres dis sol, total
de la somme, quatre cent seize livres 15s qui me sonts bien légitimement due depuis
la mort de ma mere, décédé le 6 juillet 1791. D’aprês tous sest détailles que
j’aime a avancé comme trés véridique, je ne vois aucun moyen ny raison a
m[onsieur] Legrand qui le dispense de payer exatement l’arrieré et par suite la rente
qu’il devras tous les ans et je soutiens qu’il n’as aucun droits pour se refusser a mais
juste réclamation. Je ne puis souffrir des obstables sans nombre qui ont nui a l’a
corespondance. Je ne puis répondre des lettres que j’ai bien hérite, ce n’est pas ma faute
si elle ne sonts pas parvenues a leurs détination, d’ailleur, est il bien certain que l’on
est répondu trés exatement a mais lettres. Je suis bien payer pour en douter.

Quant au 8531# apartenant a m[adame] de Beaujeu ma mere, remis entre les mains
de m[onsieur] Latuilliere St-Eloy, Estibe, de Bordeaux, ce premier est mort suivant la lettre du
15 aoust 1791 par m[onsieur] Lamaletie. Je n’est rien touchez, s’est messieurs a qui j’avais fait
écrire, par mon notaire aux nom, de mais neveux, et du mien, en leur envoyant
copie de la lettre, que vous m’aves fais l’honneur de m’ecrire, onts répondu n’avoir
aucun fonds apartenant a la succession de m[adame] de Beaujeu, que m[onsieur] Lamaletie
était un vieux foux qui avais perdue la tête, et ne savais pas plus ce qu’il disait
que ce qu’il fais-sait. Voyer m[essieurs] St-George pour qu’il avise a ce faire payer
ainsi que moy de cette somme dont j’ai eu quelque connoissance par m[onsieur] de
Lamaletie luy même l’anée de son départ pour lisle de France dou il serés


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Lettre de  Marie-Louise Liénard de Beaujeu à Jacques-Philippe, page 3

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depuis. Je n’en est pas entendue parler et n’ayant aucun titre pour réclamer ny
procuration de mais neveux, je suis résté tranquil, seul parti que j’avais a prendre
cet somme, est un reliquat de cent mil franc, et plus que ma mere, luy avais
confié, ny moy ni ma pauvre soeur, n’en avons jamais eu connoissance. Ma chere
maman a mangé seul cette fortune, oû avec m[esdames] Donville sur les qu’elles elle
avait porté toutes sés affections ce qui mêst un sur garant que les abscents onts toujours
tors.

Pour vous en donner une idée, je vous dirés que malgres les petits sacrifice que
je faissais journellement pour celle qui m’avais donnes le jour, elle tirait avan
sur moy oû sur mon mari des lettres de change de quinze cent franc que nous
ne nous sommes jamais permis de protester que m’en résulte il de tous les sacrifices
que j’ai faite, que je n’en puis plus faire et que malgré moy je renonce a la
succession de ma mere, que je suis malheureuse, que j’ai a peine de quoi
subsister. Je suis en pension chez m[onsieur] le marquis de St-Denis, mon cousin germain, jugée
d’apres ce tableau de ma possition, elle est affligeante a soixante et quinze ans, ne
pouvoir jouir de ce qui vous apartient et qui est si bien a vous. M[onsieur] Legrand ne peut se
justifier de cette indignité qui révolte tout ame qui a des sentiments et de la déticattesse.

Faites dont tous vos éfords pour lever toutes difigulté. Je joins ycy toutes les pieces
que vous desirés et qui sont a l’apuy de mais trés justes intérest. Primo un certificat
qui constate la mort de m[onsieur] de Charly comme je vous le dis plus haut. Secondo
un secon qui atéste de même celle de mon fils seul et unique aprês son pere.
Toutes s’est preuves ont déjà été envoyer nombre de foy a mon beau frere,
au baron de Longueuil, a m[onsieur] l’evecque, M[onseigneur] a Québec. Ma mere les avais tous.
Que sonts dont devenues tous s’est papiers. J’avoue sincerment que je mi perd.
Heureuse si d’aprês ce nouveau travaille de m’a part, je parviens a me retrouver.
Je compte entierment sur vous.

Quant a mon contract de mariage, vous le trouvéres en l’étude de m[onsieur] Maiziere, oû
au bureau des insinuations du gref sousigné Ganet ou Panet, jour et ans mil sept
cent soixante et quatre. Vous pouves encor vous procurer le contract de mariage


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Lettre de  Marie-Louise Liénard de Beaujeu à Jacques-Philippe, page 4

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de m[adame] St-George, ma soeur, le notaire qui a fais le sien a fais le miens, nous
étant marié le même jour et au pied de l’autel ensemble et recevant a l’a
même messe la bénédiction nuptial.

Je crois Monsieur, avoir satisfait a tous ce que vous desirés de moy. J’ai
saisis pour la dissieme fois plus que j’aurais, les demandes que vous me
faites, veuilles dont plaider la cause d’une malheureuse veuve sans apuy
sans soutient ny fortune qui réclame votre travaille vos lumieres et par desus
toutes, votre éxatitude et votre bienveillance pour tous ce qui me conserne.
Recevés a l’avance la nouvel assurance des sentiments de reconnaissance
avec lesquels je suis votre tres humbles servante.

De Beaujeu Foucault

Mon adresse,
rüe Buffon, no. premier,

Les choses les plus tendre a mais neveux, je les ambrasse comme je les
aime.


P03/A.118, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. Joseph-Dominique-Emmanuel écrit deux lettres à Marie-Louise dans le courant de l'année 1802, une le 20 octobre 1802 et une autre le 7 juillet 1802. C'est dans celle du 7 juillet qu'il lui parle de la procuration.
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