1 octobre 1815 : Lettre de François-Charles à Saveuse

Résumé de la lettre

François-Charles écrit de la rue Basse du Rempart, 8 carrefour St-Rieul à Senlis, à son frère Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu habitant au Canada. Il explique dans cette lettre les événements des six dernier mois qui l’ont obligé à se réinstaller à Senlis et demande à son frère de l’aider afin d’adoucir ses malheurs. Il n’a plus de nouvelle d’Amédée.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale, activités militaires

Transcription


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Lettre du 1 octobre 1815, page 1

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Senlis ce 1r 8bre 1815.

Lorsque, mon cher frere, j’eus le plaisir de vous écrire,
au mois de fevrier dernier; j’étois loin de penser, que
ma malheureuse patrie, alloit être incessamment en
but à de nouveaux orages. Que d’évênemens se sont
succèdés dans l’espace de six mois! Mais tout affreux,
tout pénibles qu’ils ayent été, les vrais Francois
en remercient la divine providence, puisqu’ils ont
servis à renverser de nouveau le tiran, le tigre qui revenoit,
avide encore de carnage, répandre à flots, le sang des
insensés qui protégeoient sa cause. Grace soit
rendue au Ciel! Notre ange tutelaire, Louis dix huit,
nous est enfin rendu![1] Les membres qui, doivent
composer les chambres, sont nommés, le choix en est
parfait[2], et demain, est le jour de leur installation.
J’habitois ( comme je crois vous l’avoir mandé ) dans
un village, à une lieue de la ville de Senlis; ce séjour
est, malheureusement, sur une des routes que devoient
tenir les troupes alliées, et tout mon avoir, ainsi que
celui des autres habitans, ont été la proie des fureurs
de la guerre[3]; de sorte que je me suis retiré à Senlis
n’ayant pour tout bien au monde, que la pitié de
quelques amis qui, eux mêmes sont à moitié ruinés.


Page 2
Lettre du 1 octobre 1815, page 2

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Je ne doutte pas, mon cher Saveuse, que votre âme sensible,
ne prenne une vraie part à mon malheur, aussi
je vous en fais le tableau, dans l’espoir que vous
ferez ce qui dépendra de vous, pour aumoins adoucir
la position affreuse où je me vois réduit.

Je n’ai point eu la moindre nouvelle de mon malheureux
fils. Joignez, mon cher frere, cette douleur, à toutes
celles qui m’accablent; et vous jugerez de l’etât de
mon âme.

Je me plais à penser, mon ami, que vous jouissez,
vous, votre compagne, et votre famille, de la
meilleure santé. Veuillez croire tous, à ma parfaite
amitié, et recevoir mes tendres embrassemens.

Le Cte de Beaujeu

P.S. Dites au ch[evali]er que j’aime, comme je vous aime,
qu’il devroit bien m’écrire, il semble, à son
inconcevable silence, qu’il ait oublié que je suis
son frere. Je l’embrasse de tout mon cœur, ainsi
que Beaujette.

Voila mon adresse nouvelle.
Rue Basse du Rempart No 8 carrefour St Rieul.
À Senlis[4]. Département de L’oise
France.


P03/A.249, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. François-Charles fait référence à la période de l'histoire de France désignée comme Les Cent-Jours, pendant laquelle on assiste au retour au pouvoir de Napoléon et à sa défaite de Waterloo le 18 juin 1815, sa seconde abdication, puis au retour du roi Louis XVIII à Paris le 8 juillet de la même année.
  2. La nouvelle chambre des députés élue les 14 et 22 août 1815 est restée célèbre sous le nom de Chambre introuvable, expression attribuée à Louis XVIII pour dire qu’il n’aurait pu en rêver une qui fût plus favorable à son trône. La session parlementaire s’ouvrait le 7 octobre 1815.
  3. Les troupes alliées réunirent une force colossale pour renverser Bonaparte. Elles occupaient presque tout le nord de la France. C'était aux Français de les nourrir, les loger, les vêtir. On peut facilement imaginer le désordre et l'anarchie qui régnait.
  4. Senlis est une commune française de l'Oise, en Picardie, à environ 50 km au nord de Paris. François-Charles y demeurera jusqu’à la fin de ses jours.
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