12 octobre 1803 : Lettre de Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles

Résumé de la lettre

Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil écrit de Montréal à son neveu François-Charles de Beaujeu qui est rentré en France. Il s’inquiète de la situation politique et militaire à St-Domingue. Il le renseigne sur la vente de la seigneurie de l’île aux Grues, à Daniel MacPherson, et sur l’incendie de sa maison. Il lui donne aussi des nouvelles sur ses frères et sœurs et sur la santé de sa mère. Il lui annonce enfin le mariage de Michel-Eustache-Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière avec Mary Charlotte Munro.

Mots clés

Activités économiques, activités politiques, activités militaires, relations familiales

Transcription


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Lettre du 12 octobre 1803, Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles, page 1

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Monsieur de Beaujeu, Faubourg St Antoine Montreal 12 octobre 1803

J’ai reçu mon cher neveu ta derniere lettre du 17 mars,
où tu m’annonçois l’arrivée de ma lettre qui t’apprenoit
la mort de ton pauvre pére, et celle de n’avoir pas encore
obtenu ton amnistie pour vaquer à tes affaires, tu as raison
de ne point perdre courage, mais malheureusement voila
une guerre encore déclarée qui ne peut que te déranger,
voila a présent tes biens de St Domingue en possession
des négres, l’armée françoise ayant évacuée l’isle, ce
qui n’est point favorable pour toi.

Ta mére est toujours dans le même etat avec
un catarre sur la poitrine qui la fatigue considérablement.
Elle est en pension dans la ville chez un nommé Dubois
auprès de la paroisse, où elle est à même d’avoir tous les
secours nécessaires. Saveuse le gréffier qui est marié à
Mad[emoiselle] de Léry demeure dans la ville, il a perdu son
petit garçon au mois de juillet, et moi je demeure
dans le faubourg St Antoine avec Chevalier après l’in-
cendie du mois de juin qui a consumée vingt huit
maisons dont celle que j’occupois en a été du nombre,
Je suis après me faire bâtir dans l’entrée du même faubourg.
On a raison de dire qui bâtit ment, je ne croyois pas qu’elle
me monteroit aussi haut, il est vrai que tout est hors de prix.
J’ai payé la toise de maçonne sept piastres, et depuis
l’incendie on la paye dix ce qui fera que ma maison
me reviendra à trente mille francs. On fait des folies à
tout âge, mais je ne m’en démonte point tant pour le
mieux dans ce monde. Tes fréres jouissent d’une
bonne santé, tes sœurs ne l’ont point trop bonne, la
Biron a été bien malade tout l’été passé par les fièvres
tremblantes. Elle est dans une grande misére chargée de
quatre enfans, les deux ainés commencent à ne lui rien
coûter. L’évêque Denault a mis la petite fille au couvent
de la pointe Claire, et j’ai pris le dernier petit garçon
que j’envoie à l’école. Pour ta sœur Filion je les ai
logés dans ma maison à ma seigneurie où je les nourries.
Ils ont déjà deux enfans et n’ont aucun etat. J’espere
beaucoup sur le mari qui a eû une bonne éducation et du
talent pour le commerce. J’espere le printemps qui vient
lui faire prendre un commerce dans ma paroisse. Voila
la situation de toute la famille, je suis flatté de voir les
progrès d’Amédée, je lui en fait mon compliment et
l’encourage de continuer afin de se perfectionner dans la
science et dans sa conduite, le moyen d’y parvenir est de
voir la bonne compagnie, embrasse le tendrement pour moi.
Je serois flatté que ma lettre pû te parvenir, mais je crains
qu’elle n’est point ce sort vû les troubles où nous sommes.
Je te souhaite toutes sortes de bonheur dans tes entreprises.
Je jouis d’une assez bonne santé ainsi que tous nos
parents qui peuvent nous appartenir, j’ai été bien
sensible d’apprendre par toi la mort du fils de Mad[ame]
Foucault seul et unique enfant.

Je t’apprendrai le mariage de Monsieur de
Lotbinière avec demoiselle Monro Angloise fille d’un
conseiller du Haut Canada, il demeure à la seigneurie de
Vaudreuïl avec sa maman, ils jouissent tous d’une bonne
santé, et attend sous peu un héritier. Je te souhaite une
bonne santé, et je me dis,

Ton cher oncle

/Signé/ Jh de Longueuïl

P.S. Je t’apprendrai que la seigneurie de ta chere
maman a été vendue £ 2100 à Mons[ieur] McPherson
de Gaspé, payable en quatre payments, les dettes de
Mad[ame] de Beaujeu ont montées à près de sept cens louis.
Toutes les dettes ont été généralement payées avec la vente
des meubles et animaux et le prémier payment que
l’acheteur a fait, et il est revenu pour Mad[ame] De Beaujeu
dix sept cens et quelques livres de vingt sols. Elle laisse
le reste sur le fond, et n’en retire que la rente, j’ai renoncé
pour toi ainsi que tes fréres et sœurs à la succession de ton
pére, ceci va faire vivre ta mére honorablement, et par
ce moyen les trois autres payements vous resteront.

Je te souhaite le bonjour


P03/J.51, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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