6 octobre 1802 : Lettre de Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles

Résumé de la lettre

Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil écrit de Québec à son neveu François-Charles de Beaujeu, émigré à Londres. Il l’informe des problèmes financiers de la famille à la suite du décès de son père, Louis Liénard de Beaujeu. Il lui donne d’autres nouvelles, savoureuses celles-là, sur sa famille en Canada.

Mots clés

Activités économiques, relations familiales

Transcription


Page 1
Lettre du 6 octobre 1802, Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles, page 1

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Monsieur de Beaujeu. Quebec ce 6eme octobre 1802.

Mon cher Beaujeu,

J’ai reçu ta derniere lettre du 12 de juin de Londres le
30eme de septembre à mon arrivée de votre seigneurie de
l’isle aux Grues où j’ai été faire vendre les vaches, ménage
et les animaux de la farme, tout ces articles n’ont point
été vendus comme je l'esperois. Tout à été contre nous, les
récoltes étant encore sur le champ coupée depuis 15 jours
et n’ayant pas pû être serrée par des pluies continuelles,
toutes les récoltes de la partie du sud sont jarmées, cést
ce qui nous à empêché d’avoir un peu de monde, la
seigneurie ést en vente pour le 15eme de novembre, Dieu
veuille qu’elle soit bien vendue. Tous les bâtiments de la
dite seigneurie sont en ruine, la grange de l’isle aux
Oies à été écrasée, malheureusement il y a pour six où
sept cens louis de dettes. J’ai été nommé curateur pour
toi, comme absent, et en même temps chargé des procurations
des autres héritiers, j’ai renoncé à la communauté pour
tous les héritiers, et ils seront payés au marc la livre
sur la part du pére, mais il y a Mons[ieu]r Duchesnay
qui reviendra sur la part de ta mére pour le douaire
de sa prémiere femme. Nous n’avons point renoncé à la
succession et Mad[ame] de Beaujeu payera les dettes qu’elle a
faite avec son mari, et lorsque tout sera fini, je placerai le
reste de l’argent, je t’annoncerai que j’ai pris ta mére avec
moi pour lui occasionné moins de dépenses. Dieu veuille
qu’elle s’y tienne, car elle n’ést point aisée à conduire, elle
ést toujours malade, elle part ces jours ci pour Montré-
al avec son fils chevalier pour aller chez moi, car le
voila déchargé du régiment sans aucune place. Je vais
tâcher de le pourvoir. Il y a la derniere fille Soulanges qui
est mariée avec Fillion qui n’a aucune avance devant eux
mais il a des talents et de l’esprit et a eu une bonne education,
je vais tâcher de le placer dans ma seigneurie pour faire
un petit commerce, et je les aurai devant mes yeux. Le
voila déjà avec deux enfans dans le mois qui vient, il a
un très joli garçon qui promêt beaucoup. Ce n’ést pas
le tout car il y a la Biron qui ést plus malheureuse que
tout cela qui a beaucoup d’enfans, et un mari sans tâlents,
elle a heureusement son ainé qui ést un joli garçon sans
défaut jusquà présent et qui ést entré dans le commerce
depuis 2 ans. Tu vois mon cher ami dans l’etat où je me
trouve à l’âge de 63 ans, et me voila présentement rogné
de mes appointements de lieut[enant] col[onel] ce qui fait une rude
brêche, je voudrois pouvoir vous contenter tous, il faut que
je me ménage présentement afin de ne point endetter ma
seigneurie, car j’ai mangé tous mes appointements au
regiment . Je me flatte que les arrangements de la France
et ceux de St Domingue te seront favorables, je le désire
de tout mon cœur. Ne m’oublie point auprès de ton cher
fils.

Je t’apprendrai que Saveuse de Beaujeu
gréfier va se marier au mois de janvier avec Mad[emoiselle] de
Léry qui lui convient de toute façon qui ést une
demoiselle tranquille et ménagere, ils seront heureux de
toute façon, il travaille beaucoup et assidu à son ouvrage,
et se conduit comme un gentilhomme qu’il ést. Nous allons
demeurer ensemble pour cette année, il a le haut de la
maison, et j’ai le bas, il jouit d’une très bonne santé. Te
voila aussi sçavent que moi pour toutes les affaires de
la famille.

Je finis en vous souhaitant à tous deux une très bonne
santé, donne moi de tes nouvelles le plus souvent que tu
pourras, je pars pour Montreal le 15eme du mois, envoie
moi ton adresse comme il faut, afin que je puisse t’écrire, et
crois moi bien sincèrement.

Ton cher oncle…


P03/J.51, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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