12 juin 1802 : Lettre de François-Charles à Joseph-Dominique-Emmanuel

Résumé de la lettre

François-Charles écrit de Londres à son oncle maternel Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil habitant au Canada. Il lui annonce que les autorités françaises ont décidé de permettre aux émigrés qui n’ont pas combattu en tant que chefs de corps contre la république, de pouvoir retourner en France.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale, réalités politiques

Transcription


Page 1
Lettre du 12 juin 1802, page 1

Cliquez pour agrandir

Londres ce 12 juin 1802.

Mon cher oncle

Daprès le décret[1] qui donne permission de rentrer à tous
les emigrés qui n’ont pas servi en qualité de chef de
corps contre la république françoise, je me décide a
partir à l’instant, dautant plus que ceux qui jouiront
de cette prérogative, n’ont jusqu’au vingt de
septembre a se décider, époque à la quelle il ne leur
sera plus permis de profiter du décret.

Les nouvelles de St Domingue sont assez bonnes, non
pas eu égard a quelques particuliers dont les habitations
ont été ravagées; mais à voir les choses en général et
daprès les progrès que les troupes françoises ont déjà
faits, il est a présumer que le païs sera bientôt à ses
prémiers possesseurs.

Je vous ai écrit, mon cher oncle, ainsi qu’a tous
mes autres parens, le mois d’avril dernier[2]. Je ne
doute pas que vous ayez reçu mes lettres, cependant
je ne saurois trop vous renouveller l’assurance de
la vive reconnoissance que je vous dois, le secours


Page 2
Lettre du 12 juin 1802, page 2

Cliquez pour agrandir

que vous m’avez envoyé me met a même d’aller en France,
et de payer quelques petites dettes que depuis neuf ans[3]
ma position gênée m’a forcé de contracter; il est vrai
que cette somme sera bien écorné à mon arrivée à Paris,
où j’ignore encore combien de tems je resterai sans autres
moyens déxistence. Enfin je me livre entre les mains
de la providence, mon départ est un devoir a remplir,
le bonheur de mon fils me l’ordonne, je me résigne donc
sans trop calculer sur l’avenir. Je me plais a croire
cependant, mon cher oncle, que vous ne m’abandonnerez
pas, que quelquefois, vous voudrez bien penser à vos
pauvres neveux errants et tristes jouets de la fortune,
que vous m’ecrirez ainsi que mes freres, à l’adresse
de Mr Brickwood[4] à qui j’enverrai la mienne aussitôt
mon arrivée en France. Oui, mon cher oncle, ce sera un
grand adoucissement à mes peines de lire quelquefois
qu’ils éxistent des êtres qui prennent quelqu’interêt à mes
malheurs. Adieu, soyez toujours heureux, jouissez
d’une santé inaltérable et croyez moi avec la tendresse la plus
respectueuse

Mon cher oncle,

Votre très humble et très obéissant
neveu

De Beaujeu.


Page 3
Lettre du 12 juin 1802, page 3

Cliquez pour agrandir

P.S. Trouvez bon que mes pere et mere, ainsi que mes
frères recoivent icy l’assurance de mon respect et de
ma tendre amitié.

Mon fils vous offre ainsi qu’à toute sa famille,
les mêmes sentimens.


P03/A.234, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. François-Charles fait allusion au décret du 26 avril 1802, qui accorde l'amnistie à tout individu non encore rayé de la liste des émigrés qui reviendra en France au plus tard pour le 23 septembre 1802 et qui acceptera de prêter serment au nouveau gouvernement.
  2. Le 1 avril 1802 à ses parents, 1 avril 1802 à son oncle et le 1 avril 1802 à son frère.
  3. La première lettre que François-Charles écrit de Londres est datée du 15 avril 1794. Il est donc plausible qu'il soit en exil depuis neuf ans.
  4. Selon les clauses du traité de reddition de la Nouvelle-France, les navires français ne pouvaient accoster sur les rives du St-Laurent, ce qui forçait les Canadiens à transiger par l’Angleterre ou les États-Unis lorsqu’ils voulaient faire des affaires en France. Dans ce contexte, M. Brickwood était un intermédiaire très utile pour assurer la communication entre François-Charles et son oncle.
Retour vers le haut de la page