12 juin 1801 : Lettre de Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles

Résumé de la lettre

Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil répond à la lettre du 1er avril 1801 de son neveu François-Charles de Beaujeu qui pense rentrer en France depuis Londres. Il lui mentionne son intention de lui venir en aide financièrement, lui donne des nouvelles plutôt croustillantes de sa famille en Canada et l’informe de sa présence à Québec avec son bataillon.

Mots clés

Réalités économiques, relations familiales, activités militaires

Transcription


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Lettre du 12 juin 1801, Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles, page 1

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Monsieur de Beaujeu. Quebec 12. juin 1801.

Mon cher Beaujeu,

J’ai reçu avec plaisir ta lettre du 1er d’avril qui me fait voir
que tu jouis d’une assez bonne santé ainsi que ton cher fils, je
t’avoue que ne recevant point de tes lettres, je pensois que tu
étois embarqué pour St. Domingue, mais je m’apperçois
que tu aurois envie de retourner en France, où tu penses avoir
plus de resources, mais le plus nécessaire te manque pour
y parvenir. Personne au monde ne désire plus que moi à
pouvoir faire votre bonheur, je me flatte te donner sous peu
de tems une réponse assez favorable, car je t’avoue que je ne
sais pas encore comme je suis, et je t’avoue que je n’ai point
envie d’attaquer mes fonds. Je suis à Quebec depuis le 1er de juin
avec mon bataillon pour y passer l’année a moins d’evene-
ment, et nous sommes dans une confusion à travailler pour
décharger des gens qui ne sont point en etat de faire le service
et nous le faisons dans cette ville comme en tems de guerre et
strictement.[1] À mon arrivée ici j’ai reçu ta lettre et celle de ton pére
que j’ai envoyé aussitôt qui jouis d’une assez bonne santé à
présent ayant été extrêmement mal il y a un mois, il ést d’un
tempérament fort et robuste, mais ta pauvre mére ést extrê-
mement maigre, il n’y a que la vitalité qui la soutient. Tes
deux sœurs ne m’ont donnés aucune satisfaction par le peu de
sentiment qu’elles ont montrées, l’une avec Biron qui a quatre
ou cinq enfans qui n’ést bon qu’à boire et à manger et ne gagne
rien et ést dans la misère, il ést vrai que son fils ainé montre
plus de sentiment s’étant déterminé à traiter avec les Sauvages
et il se conduit très bien. Je me flatte qu’il fera quelque chose. Pour
ta derniere sœur elle a épousé le fils d’un marmiton du Sémi-
naire qui ést d’une assez jolie figure a qui son pére a fait donner
une bonne education mais il n’a aucune resource, il a été commis
l’année derniere à St. Thomas, et a présent il ést à l’isle aux
Grues sur la ferme de sa belle-mere. Dieu veuille qui s’en retire.
Ta pauvre mére demeure au cap St. Ignace qui m’augmente
point sa fortune car elle déperie tous les jours. Tu dois juger
présentement de ma situation avec pareille spectacle, car
s’il falloit soutenir toutes les personnes que je te nomme là, je
me verrois bien vite à la besace car on trouve que l’on ne donne
jamais assez. Je suis fort heureux que Dieu ne m’aye point
donner d’enfans, ils trouveront au moins après moi une petite
resource.

Tes fréres jouissent d’une bonne santé, Chevalier ést ici
et j’ai fait passer ta lettre au greffier.

Embrasse mille fois ton cher fils pour moi, je vois que je
n’aurai point la satisfaction de le connoitre, je suis enchanté des
progrés qu’il fait, je te souhaite une bonne santé, et je me dis
très sincèrement,

Ton cher oncle…


P03/J.50, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil a été nommé lieutenant colonel des Volontaires Royal Canadiens le 22 janvier 1796.
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