2 avril 1801 : Lettre de François-Charles à ses frères

Résumé de la lettre

François-Charles écrit à ses deux frères, Louis-Joseph de Beaujeu dit le Chevalier, et Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu. Il leur confie que sa situation financière est toujours difficile. Il espère retourner en France, mais pour réussir son projet, il a besoin de l’aide financière de son oncle Joseph-Dominique-Emmanuel. Il espère recevoir de l’argent d’un domaine ayant appartenu à son épouse à St-Domingue. Le postscriptum est de la main du Chevalier qui s’adresse à son frère Jacques-Philippe Saveuse pour lui expliquer les raisons qui l’ont poussé à décacheter la lettre de François-Charles.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale, réalités politiques

Transcription


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Lettre du 2 avril 1801, page 1

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Londres ce 2 avril 1801

Mes chers amis

Point de lettres de vous de l’année derniére, une seule
de mon oncle, m’a appris que les miennes ne vous
étoient pas parvenues[1]. Soyez cependant bien persuadés
que je n’ai pas manqué à remplir un devoir aussi
précieux pour moi, que celui de vous écrire.

Je n’ai rien de plus satisfaisant, que les autres années
a vous apprendre à mon égard. Le tems s’écoule sans
rien changer à mes chagrins. Je me vois forcé à
rentrer en France[2]. Je ne puis tenir dans ce païs, apeine
avons nous du pain à manger, apeine sommes nous
vêtus, mon fils et moi. Je parle à notre oncle de mon
projet de départ, mais je me vois dans la cruelle
position de ne pouvoir rien entreprendre sans lui
être à charge. Si je n’avois eu dans ma démarche,
d’autre plan, que celui de changer de païs, je me serois
tû, mais il me reste quelqu’espoir de recueillir 1rment
trente mille livres sur une terre d’une tante de ma femme,
en second lieu, mes biens des colonies, si la paix se
fait. Mais il faut de l’argent pour y parvenir, de
l’argent pour y subsister jusqu'à ce que j’aye vû jour
à arranger mes affaires. Voila ce qui me marque,
voila ce que j’ai demandé au méilleur des oncles; voilà
ce qui me fait craindre d’être indiscret, voila enfin la
suite de mon malheur de ne pouvoir rien entreprendre
sans troubler la tranquillité de ceux, dont le bonheur


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Lettre du 2 avril 1801, page 2

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devroit m’être plus précieux encore, que mes peines me sont
cruelles.

Je ne puis donc, mes chers amis, espérer me rejoindre à vous
de quelque tems. Comment me decider a abandonner les
éspérances qui me sont offertes, non pas pour moi, mais
pour mon fils? À la fin de ma carrière qu’aurois-je
besoin de fortune, surtout quand au sein de l’amitié
je puis éprouver des consolations bien audessus pour
mon cœur, que toutes les richesses de la terre? Mais ne
dois je pas mettre tout en œuvre pour laisser à mon fils
aumoins un morceau de pain, surtout lorsque je trouve
jour a y parvenir. Je n’ai personne qui puisse faire
valoir ses droits, aucontraire il peut s’entrouver qui
chercheroit à anéantir le peu qui lui reste. Dans le
sciecle où nous vivons, les parens, sont contre les parens,
les anciens amis, contre les anciens amis, enfin si je
puis parler ainsi, on voit prèsque partout, une anarchie
dans les sentimens. C’est donc à moi à me charger de
ses intérêts, et non les mettre dans les mains d’un tiers?
Ce sont tous ces motifs réunis, qui me décideront à tanter
la fortune, si je suis assez heureux pour obtenir quelques
secours de mon oncle.

Adieu, mes chers amis, coulez des jours heureux au sein
de tout ce qui vous est cher, que le ciel vous préserve jamais
de passer une vie aussi orageuse que la mienne, et ne
doutez pas du sincère attachement du plus tendre
des freres.

De Beaujeu.


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Lettre du 2 avril 1801, page 3

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Mon cher frère[3],

J’espère que tu ne seras pas faché contre moi, d’avoir decacheté
ta lettre que j’ai connu être l’ecriture de Beaujeu. J’en ai envoyé une chez
vous à l’adresse de mon père par notre beau frère Mr. Filion[4] qui
m’a prié de l’introduire à notre oncle qui se porte bien & l’a trouvé un
joli garçon. Ils vont assez bien chez nous. Je finis en te souhaitant
une bonne santé & mon oncle t’en souhaite autant.

Mon oncle te prie d’ecrire à son capne de milice pour
qu’il lui donne des nouvelles de l’endroit pour qu’il t’adresse
la lettre que tu lui feras passer.


P03/A.233, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. François-Charles fait référence à la lettre du 6 octobre 1800 envoyée de Montréal par son oncle JDE.
  2. François-Charles revient sur les mêmes sujets que dans sa lettre à JDE datée du 1 avril 1801.
  3. Cette partie de la lettre est de la main de Louis-Joseph, frère de François-Charles. Il s'adresse à Jacques-Philippe, son frère. La lettre était adressée à Monsieur Saveuse de Beaujeu et Louis-Joseph a décachetée celle-ci par erreur.
  4. Il s'agit d'Antoine Filion, marié avec Antoinette-Adélaïde de Beaujeu.
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