20 juillet 1799 : Lettre de Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles

Résumé de la lettre

Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil écrit à son neveu François-Charles de Beaujeu pour l’aviser du décès de son épouse, Louise Prud’homme. Il lui annonce que ce décès lui cause des ennuis de succession avec son beau-fils, Pierre-Amable de Bonne, qui réclame sa part d’héritage. Il déclare aussi à son neveu qu’il n’a pas les moyens financiers de l’aider davantage parce qu’il doit s’occuper d’un moulin. Il lui signale qu’il aurait pu profiter de l’aide de lord Dorchester pour revenir avec son fils au Canada d’où il pourrait très bien régler ses affaires de St-Domingue. On apprend que les seigneuries de Joseph-Dominique-Emmanuel lui rapportent peu étant donné la pauvreté qui sévit. Pour obtenir un passeport en vue de revenir au Canada, il invite François-Charles à profiter des services de l’agent de change Brickwood et des relations de sir Brook Watson, un homme politique influent en Angleterre.

Mots clés

Réalités économiques, réalités sociales, réalités politiques, relations familiales

Transcription


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Lettre du 20 juillet, Joseph-Dominique-Emmanuel à François-Charles, page 1

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Monsieur de Beaujeu. Montreal, 20 juillet 1799

J’ai reçu ta lettre du prémier d’avril, j’aurois pensé que tes freres
t’auroient marqué le malheur qui m’est arrivé le 23 nobre dernier de la
perte de ma pauvre femme en huit jour de tems, qui m’a occasionnée beau-
coup de peines et de troubles, ayant un enfant du prémier lit et un contrat
qui n’étoit point en ma faveur me mêts dans un grand embarras, il a l’avantage
sur moi, et il en profite malgré que je l’aye élevé comme mon propre enfant, j’ai
vécu avec sa mére pendant vingt huit ans dans une tranquilité et un
bonheur parfait ; il est vrai qu’il y a un peu de ma faute de ne pas lui avoir
rendu compte de ce qu’il lui revenoit de son pére à sa majorité, ce qui fait que la
communauté à toujours courrue jusqu’à ce moment où nous sommes après
régler nos affaires. L’inventaire à été fait et le tout à été vendu et donné presque
pour rien, voila mon cher ami, la vie de ce monde, après avoir été elegam-
ment monté et meublé me voila présentement réduit entre quatre murailles;
Dieu soit béni pourvu que mes fonds ne soient pas attaqués, c’est tout ce que je
demande.

Je vois dans ta lettre que tu te plains que je ne fais pas assez pour te
pouvoir soutenir surtout à l’Angleterre où tout coute beaucoup ; je le sçais
comme toi, mais tu aurois dû suivre ce que je te marquois, de t’en venir ici
avec ton fils, et tu aurois été chez moi avec la fortune du pot. Le lord
Dorchester à qui je t’adressois, t’aurois procuré un parmi du Ministre
pour passer en Canada a rejoindre ta famille, ayant été né dans ce pays, il
faut nécéssairement le permis du ministre pour entrer dans cette province,
parce qu’il y a un acte de notre Chambre ici qui défend à tout etranger d’y entrer.
Nous avons des collèges bien montés ici, ou ton fils recevroit une très bonne
éducation; c’ést pourquoi décide toi à prendre a parti afin de n’avoir pas deux
ménages à soutenir, car je t’avoue que je n’ai point envie de m’endetter; j’ai beau-
coup d’ouvrage pour un moulin à faire dans ma seigneurie, que je n’ai point pù
entreprendre cette année, attendu que mes affaires ne sont point terminées avec
mon beau fils, ce retardement me fait bien du tort. Tu me parles de tes affaires de
St. Domingue, tu pourrois aussi bien correspondre d’ici par les colonies, que de
l’Angleterre, au moins tu ferois moins de dépenses. Je vais tâcher prendre des mesures
avec Monsieur Brickwood pour le satisfaire de cinquante cinq guinées que tu lui
dois, et je puis t’assurer que tu ferois bien d’obtenir un passe et de t'en revenir, car je
n’ai plus a present que mes appointements de l[ieutenan]t colonel, et les rentes de mes
seigneuries, ces dernieres ne se payent pas bien exactement, vû la pauvreté
des habitants; tu dois juger de là qu’il faut que je me ménage beaucoup pour
faire face a tout. Nous avons reçu dernierement des nouveles de ton papa
et de ta maman ainsi que de tes sœurs qui se portent bien, je ne désespére point qu’il
viendra un moment où nous nous réunirons tous, je le souhaite en t’embrassant ainsi
que ton fils de bon cœur, et me disant ton cher oncle. Tes freres doivent t’ecrire par cette
même occasion. (X renvoyez à la même croix)

X Je te préviens que j’écris à M[onsieu]r Brookwatson[1] pour te faciliter d’avoir un
passeport pour venir en Canada, et je lui marque que M[onsieu]r Brickwood te
présentera à lui, aussitôt ma lettre reçue tu verras M[onsieu]r Brickwood, et tu t’aboucheras
avec lui pour t’y présenter, cést un homme qui peut te rendre beaucoup de services par
la suite, cést à toi à le cultiver puisque je te mêts sur sa route.


P03/J.47, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. Sur sir Brook Watson: Dictionnaire biographique du Canada
    WATSON, sir BROOK, marchand et homme politique, né le 7 février 1735/1736 à Plymouth, Angleterre, fils de John Watson et de Sarah Schofield ; décédé le 2 octobre 1807 à East Sheen (maintenant partie de Londres). De 1793 à 1796, Watson fut commissaire général de l’armée en Flandre et, de 1798 à 1806, commissaire général de Grande-Bretagne. Dans les dernières années de sa vie, il fut aussi président de la Lloyd’s de Londres et sous-gouverneur de la Banque d’Angleterre.
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