3 avril 1798 : Lettre de François-Charles à son frère Jacques-Philippe Saveuse

Résumé de la lettre

François-Charles écrit de Londres à son frère, Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, habitant au Canada. Il le remercie de sa lettre qui lui a réchauffé le cœur après son accident à la main. Il lui parle de son désir d’aller au Canada après avoir récupéré un peu de sa fortune. François-Charles termine en se disant heureux de leur bonne santé et en parlant de sa satisfaction de voir son fils Amédée bien réussir, ce qui le console de le voir marqué par la petite vérole.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale

Transcription


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Lettre du 3 avril 1798, page 1

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De Londres ce 3 avril 1798

Reçois, mon cher Saveuse, mes sincères remercimens de la
preuve ( bien précieuse pour mon cœur ) de ton amitié pour
moi. Je ne suis donc pas encore bien malheureux, puisque
je trouve un bon ami, dans un frere dont je ne suis pas
connu? Oui, ce bonheur est inapréciable pour tout être isolé
et surtout pour celui qui n’a d’autres compagnons que ses
malheurs. Ta lettre, mon cher ami, m’est arrivée dans un
moment où le sort venoit encore d’eprouver ma constance et
ma résignation à mes peines. Elle fut, je l’assure, un vrai
baume a mes blessures, et me fit bien voir qu’il n’est pas de
souffrances corporelles, qui ne soient allegées par les plaisirs
du cœur. Étant à la chasse l’automne dernier; mon fusil creva
dans mes mains, m’emporta la moitié d’un doigt, et me fit
quatre autres déchirures très dangéreuses. Je suis cependant
parfaitement guéri, mais n’ai pas encore entièrement la
liberté de ma main.

J’attends toujours, mon cher ami, de méilleures nouvelles
de St Domingue pour aller vous rejoindre[1]. Si Dieu est assez
bon pour m’accorder quelques débris de mon ancienne fortune,
le prémier usage que j’en ferai, sera de me réunir a tout
ce que j’ai de plus cher au monde. Que ce moment heureux,
me dedomageroit bien de mes peines passées! Et qu’a un
tel prix, j’acquesserois volontiers a être encore plus
infortuné, jusqu'a cette époque! Car sans ce secours de
la providence, il faut que je renonce a la douce satisfaction
de vous connoitre, jamais je ne consentirai a vous être
a charge, je le suis déjà que trop depuis quatre ans.


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Lettre du 3 avril 1798, page 2

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La derniere lettre de mon oncle me le prouve trop clairement,
pour que je puisse même me faire illusion. Je ne sais qui a
pû avoir la bassesse de me déservir dans son esprit, surtout
par un mensonge le plus attroce, tu verras sans doute la
lettre que je lui écris à ce sujet[2].

Il m’est doux de penser, mon cher Saveuse, que ta santé, ainsi
que celle du chevalier, sont des méilleures, jouissez l’un et
l’autre, longtems de ce bonheur, pensez quelquefois à votre
malheureux frere. Dites vous bien que vous lui êtes infiniment
précieux. Ayez toujours pour lui les mêmes sentimens, ce sera
le vrai moyen d’adoucir ses peines.

Veuillez tous les deux, recevoir icy l’amitié respectueuse de
mon cher Amédée, permettez qu’il ne vous écrive pas, il
est occuppé a écrire a son grand oncle[3] et a son grand papa,
et cette affaire n’est pas peu de choses pour lui. J’en suis
cependant très content, il apprend bien, a le méilleur caractère
et beaucoup de sensibilité. Il aura dix ans au mois de
septembre, il est très grand et très fort pour son âge, bien fait,
mais pas aussi bien de figure, qu’il étoit avant sa petite
vérole; ce dont je me console aisément. Je vous prie de ne
pas l’abandonner si Dieu m’enlevoit à lui .

Adieu, mes chers amis, mes chers freres, mon attachement
pour vous est, et sera toujours à toutes épreuves.

De Beaujeu.


P03/A.224, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

Notes

  1. François-Charles fait le voeu récurent, dans plusieurs de ses lettres, d'aller rejoindre sa famille au Canada.
  2. Voir la lettre du 1 avril 1798 que François-Charles écrit à son oncle.
  3. Voir la lettre d'Amédée du 2 avril 1798.
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