16 mars 1779 : Lettre de Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

Résumé du document

Dans cette lettre, Jean Doutreleau, procureur, écrit à son client, Joseph-Dominique-Emmanuel Le Moyne de Longueuil, à propos du testament de son père Paul-Joseph. Madame de Germain, Agnès Le Moyne de Longueuil, nièce de Paul-Joseph, lui a fait rédiger un nouveau testament, dont il fait copie dans cette lettre, pour le protéger d’un de ses laquais ivrogne. Doutreleau donne des informations pour acheter une moulange en Europe et avise également son client qu’il a rencontré l’abbé Louis-Joseph de Beaujeu et qu’il a eu des nouvelles de François-Charles.

Le reste de la lettre concerne la liquidation des biens de Paul-Joseph par madame de Germain et l’incertitude causée par les menaces de guerre avec l’Angleterre.

Mots clés

Organisation sociale

Transcription


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 1

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1er page

Paris, le 16 mars 1779

Jay bien des chose a vous ecrire mon cher Monsieur.
Premierement a repondre a votre lettre du 14 juilliet
dernier ou vous me marqués etre contant de ce que je
vous ay envoyé dont je suis charmé.
Vous craignés que Madame Germain ne luy ait
faire son testament a sa fantaizie. C’est moy qui
l’ay engagé a en faire un, craignant que son laquais
qui est un tres mauvais sujet et et un yvrogne en
titre d’office, ne se soit fait mettre sur son testament
comme il le dit a tous le monde pour 200# de rante
dont il se vante et je crains que ce M[onsieur] Veron qui
s’entandoit avec ce domestique ne s’y fut mettre
aussy. Il m’a ecrit plusieurs fois, je luy ay fait
reponse qu’il n’avoit qu’a me l’envoyer et
m’a marqué qu’il falloit en faire l’ouverture
par devant le juge et qu’il falloit pour cela
que je luy envoye 150# pendant qu’il n’y avoit
qu’a le deposer chez un notaire ce qui auroit
au plus couté 12#. Je ne luy ay point fais reponse.
Celuy que Madame Germain a fait faire peut
vous faire aucun tort. Il etablit ces deux enfants
ses seuls heritiers, comme M[onsieur] votre pere vous


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 2

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2e page

a couté beaucoup d’arg[ent] dont jay toutes les
quittances en bonne forme, ainsy avant de
partager, il faut que vous commancies a vous
remplir de vos avances, apres quoy il ne restera
pas grand chose a partager, au surplus je croi
que vous pouvés vous en tenir a celuy que vous
vouderés parce que je panse qu’on pouroit ne
pas parler du segond mais je crains bien
que son laquais qui etoit un mauvais sujet, pour
ne pas dire un fripon, car il se vantoit d’avoir
plus d’arg[ent] que son maitre, ne se soit fait mettre
sur son testament, et quand Mad[ame] Germain l’a
chassé M[onsieur] votre pere n’en a jamais parlé parce
qu’il voyoit que Mad[ame] Germain dont il ne pouvoit
se passer avoit pour luy toutes les attantions
possibles.

A l’egard du moulange que vous me demandés
apres les informations a ce sujet, on m’a dit
que ceux qui avoient des moulins tiroient leur
moulanges de la Ferté sur Jouare qui est a 8 lieües
de Paris d’ou on les fait venir jusques a Charanton
par voiture ce qui ne laisse pas de couter parce qu’il
faut 6 chevaux pour les y conduire et de la sur
eau a Paris d’ou il faudroit les envoyer par la
Seine jusques au Havre et les embarquer la soit
pour l’Angleterre si il y avoit occasion cela seroit


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 3

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3e

long. Si il y en avoit en Angleterre il seroit bien
plus simple de les faire venir de la ou ecrire a
Calais ou a Dunkerque. Si on [les] trouvoit là pour les
envoyer scavoir encore si il n’y auroit pas beaucoup
de danger a cause de la guerre qui paroit devoir etre
tres serieuse cette année et que les anglois nous ont
fait beaucoup de prises l’année derniere et que
nous leur en avons fait ausy et pris beaucoup de corsaire
et je croi que le reste de cette année va se passer
avec beaucoup de chaleur de chaque cotés et qu’il
n’y a pas grande securité a rien envoyer.
A l’egard des nouvelles que vous me demandés de M[onsieur]
de Beaujeu je ne l’ay jamais connu, mais jay ecrit a
M[onsieur] l’abbé de Beaujeu que vous me paroissiés prendre beaucoup
d’interest a M[onsieur] de Beaujeu dont vous vouderiés bien avoir
des nouvelles. Il m’est vennu voir le landemain, et il
m’a dit que M[onsieur] de Beaujeu etoit officier dans un regi[ment]
a St-Domingue fort estimé dans son regiment, mais
qu’il s’y ennuyoit beaucoup. Il me dit que si vous
voulliés luy donner une compagnie de cavalerie il le
feroit venir. Je luy dit que quoy vous me paroissiés avoir
beaucoup d’interest pour luy. Je ne scavois si cela pouroit
aller jusques la, et luy demanday si il ne pouroit rien
faire pour luy. Il me dit qu’il n’avoit que de quoy
vivre qu’il n’avoit qu’une pansion je croi sur les economats
de 15 ou 1600#. Et sa place qui peut bien luy valloir autan
et qu’il n’avoit que ce qu’il luy falloit. Je croi pourtant
qu’il pouroit epargner quelque chose, mais les prêtres
sont pressants a demander mais non pas a donner


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 4

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4e page

Voicy ce qui est dit dans le dernier testament qui annulle l’autre.

L’an 1777 a 11 heures du matin, nous sous signés
deux notaires etc le preambule ordinaire
des gens de justice qui ne sert a rien.
Le dit S[ieur] de Longueuil ne se souvenant plus
a cause de la mauvaise memoire afoiblie
depuis quelques temps de l’epoque ou de la
terreur d’un testament qu’il a cy devant
fait, dans la crainte d’avoir par y celuy
fait quelque dons et legs prejudiciables
a son fils et a sa fille ou en faveur de
l’un des deux au prejudice de l’autre,
nous a le dit S[ieur] Le Moyne de Longueüil dit
et declaré qu’il veut et entand que le
dit testament, et tous les dons et legs
de quelque nature qu’ils soient et en
faveur de quelque personne que ce soit
soit etrangers, ou en faveur de sa fille
ou de son fils au prejudice de l’un ou
de l’autre qui se trouveront enoncés dans
le dit testament demeure nuls, les revoquant
et annulant par le present son testament.

[Cette partie est écrite sur la 4e page dans la marge de gauche]

<Je vous prie en grace de me donner des nouvelles d’un nommé Dunan. Je
croi que c’est son nom c’est un jeune homme qui vous a suivi en Canada
et du nommé [François] Perin votre domestique.>


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 5

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lequel veut le dit Sieur Le Moyne testateur
avoir seul son execution, et nous a dit et
declaré qu’il revoquoit d’avance est tant que
besoin tous autres testaments ou autres actes
de donnation ou legs qu’on pouroit surprendre
de luy avant sa mort et a le d[it] S[ieur] Germain
testateur prié mon d[it] S[ieur] Germain d’etre son
executeur testamentaire et de se donner
les soins de ses funerailles et obseques, luy
recommandant de les faire de la façon la
plus modeste et la moins dispandieuse
fait et passé etc.

Si ce testament vous est prejudiciable ce que
je ne puis scavoir n’ayant pas veû l’autre
vous pouvés supprimer celuy la que jay entre
les mains, et vous en tenir a l’a[utre], mais
si il a fait une rante de 200# a ce coquin de
laquais, cela absorberoit presque ce qui doibs revenir
de ce qui doibs revenir des pansions deubs a
Monsieur votre pere dont il faudroit faire un fond
pour luy asseurer ces 200# de rantes ce qu’il a dit
a Tours a tous le monde et a l’Orient. Il est
deub a M[onsieur] votre pere 4 années de sa pansion
qui est bien diminuée des dixiemes que l’on
retient, et on vient de publier un arret du conseil
pour que tous ceux qui ont des pansions de la Cour


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 6

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envoye en j[anvier] prochain leur brevet et disent pour
quoy on leur a acordé leur pansion. Je croi que
du temps de Louis 15 comme on en accordoit a tous
venant filles de l’opera et autres en ce genre on
veut en supprimer une portée et qui je croi sera
considerable et fait que les officiers sont plus
mal payés. M[onsieur] votre pere n’est pas dans ce cas
la puisqu’il n’en aura plus a recevoir et qu’il
n’y a que quatre années qui luy sont deubs
et qui ne seront payés qu’en 4 ans jusques en &&&
1783 chaque année un an payé. Jay prié le
ministre de m’envoyer son decompte que je
n’ay pas encore payé receu par les grandes affaires
qu’ils ont a la marine ou on construit et on
arme a force.

Si vous vous en tennés a ce dernier testament
je ne vois pas que vous en puissiés souffrir
puisque avant que personne herite il faut
commencer a payer les debtes et certainement
avant que vous ayés retiré tous l’arg[ent] qu’il a
tiré sur moy dont jay tous ces billets ou lettres
de change. Mandés moy ce que vous voullés faire
a ce sujet et tennés vos lettres prettes pour me
les envoyer par dupli[cata] ou triplicata avec
dans chacune un certifficat de vie car les rantes
sur la ville sont fort retardées, et pouront l’etre
encore davantage par les depanses immances


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 7

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7e

que cette guerre occassionne et qui s’anime tous
les jours.

Vous pouvés etre tres tranquil sur tout ce qui
c’est passé au sujet de M. votre pere on n’a
pas fait l’invantaire a sa mort parce que cela
auroit couté beaucoup d’arg[ent] inutile et n’auroit
servi a rien. Tout ce que vous m’avés ecrit
se trouve tres exactement, et avant de sortir de
Tours Mad[ame] Germain a fait faire un etat de
tout ce qui etoit dans la maison qui ne peut pas
etre suspect car il est signé de messieurs
Perthuys, Daillebout de Cery, Celoron, et Veron.
Ce compte regarde les effets que Mad[ame] Germain a emporté
dont ils ont fait faire 3 copies dont ils m’en ont
envoyés deux. Ils ont vendus a Tours tout ce qui ne
valloit pas la peine de l’emporter et n’auroit pas
payé les fraix consistant en 220 coterets 3 cordes de bois
215 bouteilles de vin quelques ustanciles de terre et
autres effets communs qui ont produit net 366#
qu’ils ont fourny a Mad[ame] Germain a qui ils ont
remis cette somme.

Je ne puis vous envoye cette année des comptes de tout cela
qui est fort long a detailler et que je vous enveray
l’an qui vient bien detaillé. Jay bien deux dup[licata]
de tout cela signé de ces messieurs, mais il faut
que je les garde crainte que cela ne vous parvienne
pas cette année. Il faut qu’il y ait eû quelque
vaisseau de pris en revenant de Canada, car il m’a
manqué quelques lettres, et Mad[ame] Germain n’en a pas
receu de vous ny de mesdames ses soeurs qui leur
avoient annoncées qu’elles luy en enveroient.


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Lettre du 16 mars 1779, Doutreleau à JDE, page 8

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M[adame] Germain m’a envoyé une tres mauvaise valize
seulement cordée car il n’y a pas de serure contenand
33 serviettes ouvrées, 7 draps de domestique, le huitieme
ayant servi a l’enterrer, 2 p[ieds] de draps de maitre,
2 nappes ouvrees et 2 unyes et 72 serviettes unyes. La ditte
valize ayant couté 17#12 de fraix de voiture et droits de Bretagne.
Si vous voulles je vous l’enveray mais cela coutera autant
de fraix et de droits que cela vaut. Je croi que vous ferés
mieux de vandre cela icy car tout cela est vieux et les
fraix mangeroient tout.

Le dit <cotonade> hardes casserolles quelques chaises et sa garderobes
extremement mauvais sont resté a l’Orient. Il a fait venir
un chaudronier et un fripier qui ont offert 551#. Je luy
ay marquer si il ne pouvoit pas en avoir mieux de
le donner. Si cela est vandu Mad[ame] Germain m’a dit qu’elle
vous en enverroit une lettre de change sur mes dames ses soeurs.
Tous ces effets a faire aller a l’Orient par Nantes ont couté
de Tours a Nantes 224# que Mad[ame] Germain a payé a Mons[ieur]
Montaudouin de Nantes, et 66# de Nantes a l’Orient
ce qui fait bien 290# que cela a couté, et on n’en offre
que 551# de ce qui luy reste et je luy ay conseillé de le
vendre, car tout seroit consommé en fraix.

Pour ce qui concerne la vaisselle d’arg[ent] Mad[ame] Germain qui
qui l’a apporté dans ses poches pour eviter les droits elle
vient de venir passer huit jours chez moy avec son fils,
et m’a remis la vaiselle d’arg[ent] que je n’ay pas peze.
Le compte y etant, et ne pouvant y avoir de dechet
que d’une once tout au plus et cela est tous marqué
a ses armes. Il y a 16 couvert d’arg[ent] dont 12 a filets
et les 4 autres unyes, 4 cuilliere a ragout dont une
seule a filet et les 3 autres unyes et legeres,
6 cuillieres a caffé unyes et legeres, deux etuys a
savonnetes fort propres. Il n’y en a qu’une un peu bossuée
mais ce n’est rien.


P03/H.084, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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