20 janvier 1777 : Lettre de Doutreleau à Marie-Louise Prud'homme

Résumé du document

Jean Doutreleau, procureur français, écrit à Marie-Louise Prud'homme, épouse de Joseph-Dominique-Emmanuel, son client au Canada. Cette lettre est adressée à l'épouse de JDE, celui-ci étant prisonnier aux États-Unis depuis la fin de 1775, suite à la guerre d'indépendance. Doutreleau se montre heureux que les tableaux soient arrivés au Canada en bon état. Il porte à l'attention de Marie-Louise son inquiétude sur l'état de Paul-Joseph, père de JDE, qui est âgé, malade et aux prises avec des domestiques qui semblent vouloir tirer profit de sa vulnérabilité. Les trois premières pages sont datées du 20 janvier 1777 tandis que la dernière est datée du 20 mars 1777. L'envoi du courrier au Canada se fait au printemps, lorsque les bateaux peuvent de nouveau circuler. Au moment d'envoyer sa lettre, Doutreleau apprend que les prisonniers canadiens, dont fait partie JDE, sont sur le point d'être échangés, et il ajoute à la toute fin cette nouvelle et il la date du 20 mars 1777.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale

Transcription


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Lettre du 20 janvier 1777, Doutreleau à Louise Prud'homme

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Madame de Longueuil

Jay bien recu, Madame, la lettre que vous
m’avés fait l’honneur de m’ecrire le 24 8bre
dernier. Nous scavions l’avanture arrivés a
tous les canadiens enfermés dans le fort St-Jean
un mois apres qu’elle est arrivée ce qui m’a
fort afligé pour votre mary et pour vous
Madame par l’interest que vous y preniés. Comme
on leur a fait bien des prisonniers, il y a aparance
qu’il poura etre echangé bientôt ce que je souhaite
pour luy et pour vous.

Je suis charmé que les tableaux soient arrivés
en bon etat car les peintures sont bien sujettes
a l’humidité de la mer. Je prenderay les
mêmes precautions pour ceux qui me restent
et que je vous enveray a l’adresse que vous
me marqués et que vous pourés recevoir de
bonne heure.

Jay mis aussytôt a la poste les lettres que vous
m’adressés pour M[onsieur] de Surimeau et pour
M[onsieur] de Longueuil qui est toujours fort infirme
et qui ne peut plus ecrire, il ne fait que
signer. Au mois de juilliet dernier, il m’a


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Lettre du 20 janvier 1777, Doutreleau à Louise Prud'homme

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demandé 600# pour payer les debtes que je luy
ay dit qu’il pouvoit tirer sur moy ce qu’il a fait.
Dans l’etat ou il est, il se trouve livré a des
domestiques qui vraysemblablement ne prennent
pas trop ses interets. Madame Germain sa
niece dont le mari est major au Port Louis, se
feroit un plaisir de s’en charger mais elle
ne vouderoit peut etre pas luy proposer. Il
faudroit quand Mons[ieur] votre mary sera revenu
qu’il ecrive a son cher pere qu’il est faché de
le voir dans son etat livré a ses domestiques
et qu’il est persuadé que Madame Germain voude
rois bien s’en charger qu’il auroit beaucoup
plus d’agrement avec elle et qu’il appranderoit
avec plaisir qu’il a pris ce party qui seroit
une consolation pour luy de le scavoir dans sa
famille ou on en auroit plus de soins que n’ont
des domestiques qui ordinairement sont fort interessé
et en cas qu’il vint a mourir, pouroient deranger
bien des choses.

A l’egard des rantes de M[onsieur] votre mary, il luy est deub
l’année 1775 et 1776. Il est vray que les 6 d[erniers] mois 1776
ne seront payées qu’au mois de juilliet de cette


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année mais comme je ne pouray guerres recevoir
son certifficat de vie avant ce temps, quand même
on luy randroit sa liberté dans ce temps cy, il peut
compter sur 2 années a recevoir mais si on tardoit
trop a se presenter pour recevoir on pouroit porter
l’arg[ent] au Trezor Royal, ce qui causeroit de l’embaras
parce qu’il faudroit se faire remettre sur l’Etat
du Roy ce qui feroit un retardement de six mois.
Quand M[onsieur] votre mary sera de retour, je vous
prie de luy dire combien jay eté sensible a sa
detantion par le chagrin que luy a causé votre
absance.

Jay l’honneur d’etre avec un respectueux
attachement Madame votre tres humble
et tres obeisant serviteur. Doutreleau
Paris, le 20 j[anvier] 1777 rüe St-Piere


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Je viens d’apprendre que les prisoniers sont
echangés ,du moins M. Dechambault écrit qu’il
est a [New York] et qu’il compte etre incessament
a Quebec, dont je vous fais mon compliment
bien sincerement.

Mad[ame] Germain est encore icy a solliciter.
Je croi pourtant qu’elle ne tardera pas
a s’en aller. Elle passera par Tours pour
voir M[onsieur] de Longeuil que l’on dit
etre en enfance.

Je vous seray obligé
Madame de remettre
l’inclus a M[onsieur] Reaume
qui vous rembourcera
le port.

Ce 20 mars 1777


P03/H.069, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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