Vers le 6 mai 1775 : Lettre de Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

Résumé du document

Jean Doutreleau, procureur français de Joseph-Dominique-Emmanuel, écrit à son client au Canada. Dans cette lettre, en plus de l'habituel laïus à propos des affaires de JDE en France, Doutreleau parle d'un jonc envoyé à Marie-Louise Prud'homme, épouse de JDE, et de madame de Rigaud, criblée de dettes et parti à St-Domingue. Les tableaux seront envoyés par un négociant à Calais malgré le coût exorbitant du transport de ceux-ci. Doutreleau explique la façon dont ces tableaux sont emballés. Enfin, il termine en donnant quelques nouvelles de France.

Mots clés

Activités économiques, organisation sociale

Transcription


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Lettre vers le 6 mai 1775, Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

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[Vers le 6 mai 1775]

Mons[ieur] De Longueuil
Jay bien recu, monsieur, vos lettres de juilliet
et octobre avec votre certifficat qui etait bien
en regle. Je suis charmé que vous joüissiés
ainsy que Madame d’une bonne sancté. &
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Les effets ou contracts de Canada qui perdoient
73 a 74 % avoient un peu pris faveur a
l’occasion de rantes viagere ou prenoit un
quarantieme de ces effets, mais comme cet
emprunt est finy il n’y a pas aparance qu’ils
reprennent jamais faveur, par l’immancité
des debtes de l’Etat car malgres toute la
bonne volonté de notre Roy, il luy est
difficile de faire ce qu’il vouderoit, mais
je ne sache pas que vous ayés de ces effets.


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Lettre vers le 6 mai 1775, Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

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Je suis bien faché que M. Dechambault ne
vous ait pas donné de l’argent pour une lettre
de change, il me paroit comme vous me le
marqués, q’apres avoir tant voulu briller,
il ne soit encore court d’argent. Je le prieré
cependant encore cette année de vous en demand[és]
une.

Jay payé a monsieur de Surimeau les 397#5
dont je vous avois donné credit et dont je
vous ay debité. Je luy ay envoyé un jon garny
de brillant qu’il m’a prié de luy faire faire
sur la mesure que vous luy avés envoyé, et
qu’il m’a marqué vous avoir envoyé dans
un gros paquet de lettres. Je souhaitte que
Madame le trouve beau.

Si madame de Rigaud vous doibt vous courés
grand risque de n’en pas etre payé citôt. Elle
doibt icy de tous cotés et est partie en novembre
dernier pour St-Domingue avec sa niece Mad[ame]
de Choiseüil pour se faire payer de son frere et
de sa niece car Fleury n’a pa encore envoyé un
sol a sa fille depuis qu’elle est mariée et doibt


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Lettre vers le 6 mai 1775, Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

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aussy beaucoup. A propos de mariage M. Dechambault me
marque que le mariage de son fils que vous m’aviés
marqué est rompu parce qu’on ne voulloit plus luy donne
ce qu’on luy avoit promis. Si il ne revient pas en France
cette année il pouroit bien perdre sa lieutenance. Je vous
prie de ne point parler de ce que je vous marque là
sur Dechambault.

Jay recu 18 mois de vos rantes depuis que je ne vous ay
ecrit sur quoy jay payé tant a Monsieur votre pere qu’a M.
Surimeau, Le Moyne et autres petits fraix 1000# reste que jay
a vous 7000# environ a moins que M. votre pere ne tire
sur moy 200 ecus comme je croi bien que cela poura
luy arriver. Je n’ay pas eû de ses nouvelles depuis les
600# qu’il m’a demandé l’année derniere, mais il est
vivant, car autrement je le scaurais. Votre procuration
ne serviroit de rien si il venoit a manquer. Il en
faut une quand la chose est arrivée, mais si cela
arrivoit, il donneroit seurement ordre de me remettre
le tous. Vous pouvés toujours tirer sur moy environ
les 7000#. Je vous prie de tirer payable au 1er janvier car
nous allons souvent passer l’automne a la campagne
un peu tard. Je crois même que nous pouront aller chez
Mad[ame] la Vicomtesse de Galifet qui m’y engage depuis
un siecle. M. De Surimeau m’y engage bien aussy, mais
c’est trop loin.


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Comme votre pauvre Lizette a si grande envie d’avoir
vos portraits, je vous envoye le votre et celuy de Monsieur
votre pere qui sont je croi ceux qui la touchent le plus.
Jay fait rouler sur un gros rouleau ces deux portraits
bien garnis de papier pour que l’humidité ne les gâte
pas avec les bordures, le tout dans une petite caisse garnye
de foüin et paille pour tirer l’humidité. La caisse est
enveloppée d’une toille cirée. Jay adressé le tout a M[onsieur]
A[???] Carmier negociant a Calais, et je luy ay marqué
d’en payer les droits plûtot que de risquer de les faire
saisir. Je croi que les tableaux coutent a peu pres un
louis le pied, les cadres 75% de droits mais comme ce
ne sont que des baguettes que jay estimé peu de chose
ce ne sera pas cher. Si vous voullés celuy de M[onsieur] de Bienville
et l’autre vous me le marquerés, ils couteront bien le
double.

Vous me marqués bien des nouvelles de Canada dont
je vous suis bien obligé. Je vois que vous vivés a bon
marché c’est bien différent icy car tout est augmanté
d’un tiers par les denrées et notre Roy ne peut pas
diminuer les entrées avec toute sa bonne volonté, il
paroit que la Reine n’y Madame ne sont pas grosse
mais bien Madame Dartois qui l’est de 6 mois.
Vous ne me parlés pas de tous les tracas avec de la Nouvelle
Angleterre avec la vieille, il paroit que cela est
bien serieux et ne s’accomodent pas aisement car
ils y mettent bien de la chaleur.

Je vous souhaitte une bonne sancté ainsy qu’a Madame
et suis avec le plus sincere attachement Monsieur
votre tres humble et tres obeisant serviteur.

Doutreleau

<Madame est bien sensible a l’honneur de votre souvenir
elle a l’honneur de vous en faire ses remerciements ainsy qu’a
Madame qu’elle assure de ses civilités.>


P03/H.048, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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