15 octobre 1769 : Lettre de Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

Résumé du document

Dans cette lettre, Jean Doutreleau, procureur français de Joseph-Dominique-Emmanuel, écrit à son client au Canada. En plus de l'informer de ses affaires courantes, il mentionne que Paul-Joseph, père de JDE, a sollicité, auprès des autorités militaires, une extension de congé pour son fils afin qu'il puisse continuer à recevoir ses appointements militaires malgré le fait qu'il réside au Canada. Enfin, Doutreleau donne son opinion à propos d'une dispute, entre Marie-Charles-Josephe Le Moyne, Baronne de Longueuil et JDE, concernant le titre de Baron.

Mots clés

Activités économiques

Transcription


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Lettre du 15 octobre 1769, Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

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Jay bien recu Monsieur vos lettres du 11 juillet
avec vos certifficats de vie, et autres lettres que jay
exactement remis. Vous avés tiré sur moy pour six
mil et [tant] de livres a quinze jours de datte, que
jay payé il y a huit jours. Quoy que je n’eusse qu'
environ 2000 # de fonds a vous, et je ne receveray les
rantes qui vous sont deües au plutôt a la fin du mois
courant, parce que vous scavés que ces rantes se payent
par lettre d’alphabet et que votre premier nom
de baptême est un j, ce qui menne a 4 et 5 mois apres
les 6 mois echus. Ainsy je vous prie de m’envoyer
un certifficat de vie datté du mois de janvier, et
un du mois de juilliet. Et de ne tirer sur moy au plutôt
que 4 mois et demy apres les 6 mois echus, car
j’aurois eté fort embarassé si je n’avois pas eu de
l’arg[ent] ce qui ne m’arrive guerres, vivant de mes rantes.
Et quand je receveray vos rantes je seray en avance.
M. votre pere qui ne recoit pas ses pansions m’a
Ecrit dans le mois de 7bre der[nier] que vous luy deviés cent
pistolles qu’il vous avoit pretté a votre depart et
qu’il me prioit de les luy rendre, ce que jay fait
sur votre compte.

D’ailleurs quand je recois vos certifficats, il faut les


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Lettre du 15 octobre 1769, Doutreleau à Joseph-Dominique-Emmanuel

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deposer chez un notaire en avoir des expeditions,
faire les quittances, les fournir aux payeurs, et pour
peu qu’il y ait la moindre erreur les quittances sont
mises au rebut. Pour les rectiffiés il faut les remettre
au payeur qui ne paye que tous les quinze jours
desorte qu’il faut compter pour tous ces delais 5 ou 6
semaines.

M. votre pere me marque qu’il a ecrit pour solliciter
le congé que vous demandés qui est furieusement
long, encore si vous pouviés faire un bon revenu
ou faire une bonne vante pour en venir joüire
icy. Vous etes assés jeune pour sacrifier quelques
années, mais je vous diray que depuis votre depart
je n’ay touché ny vos appointements ny vos pansions.
Mr Delariviere m’a ecrit qu’on ne payoit rien a
ceux qui etoient en Canada, Jay ecrie a M. votre pere
pour solliciter ces payements. Je doute qu’il y
reusisse quand M. de Vaudreüil sera a Paris, je l’engageray
a solliciter une prorogation de congé.
Je suis bien faché de la difficulté que vous
Avés eû avec Dechambault que personne n’aprouveroit
de sa part. Il m’a ecrit a ce sujet il y a
4 mois pour avoir une consultation d’avocat
que je luy ay envoyé a ce sujet, il n’est pas
douteux que vous pouvés vous faire appeller; Comte,


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Marquis, ou Baron, sans que personne y puisse trouver
a redire, comme vous avés veû que cela se pratique
icy, mais comme la terre de Longeüil a eté erigée en
Baronnie pour en joüir par les ainés de celuy en faveur
de qui elle a eté erigée, vous ne pouvés pas jusques
a ce que la terre passe entre vos mains, prendre dans les
actes publiés la qualité de Baron de Longeüil, mais
personne ne peut vous empecher de vous faire app[eller]
Baron. Je suis bien faché de cette tracasserie qui [dans]
le fond est une pure misere, et qui doibt etre la
plus indifferente a M. Dechambault et a Mad[ame] la Baronne
a qui cela ne fait aucun tort n’en ayant pas moins
le titre, et la joüissance de la terre.

Je suis charmé que vous vous portiés bien. Je vous
souhaitte une continuation de bonne santé une bonne
reussite dans vos entreprises, et vous prie d’etre
persuadé des sentiments d’estime et d’amitié avec
les quels jay l’honneur d’etre Monsieur votre tres
humble et tres obeissant serviteur Doutreleau

Paris ce 19e 8bre 1769

Si je scavois quelqu’un qui passat en Canada, je le
Prierois de se charger de ce que vous me demandés.
Il n’y a rien de nouveau icy. Les Turcs paroisseut avoit eté
battus par les russes cette guerre pouroit bien s’etendre.
Il paroit que l’on a envie de supprimer en France une
grande partie des moines, on a dejà commancé.


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J’oublois a vous dire que depuis deux mois ma femme
est morte ce qui m’a occasionné beaucoup d’embaras
et d’arg[ent] a rendre.


P03/H.036, Fonds De Beaujeu, Centre d'histoire La Presqu'île

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